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Démarrer à partir de l'intérieur des communautés

Langata Prison

PROJET " LANGATA PRISON " Á LA MÉMOIRE DE JULIUS

“Give me hope, make me happy, and I will smile”

Julius Mukono

Historique du projet :

En juin 2016, Julius Mukono un avocat kenyan a sollicité l’engagement de I&S dans le cadre d’une perspective d’intervention au regard de la situation complexe des enfants de moins de 4 ans vivant avec leurs mères détenues dans la prison pour femmes de Langata à Nairobi.

Julius a rejoint l’équipe de I&S au Kenya. Des réunions de concertation ont été menées avec les responsables gouvernementaux. La conception d’un projet d’amélioration des conditions de vie de ces enfants a été élaborée.

En novembre 2016, victime d’une crise cardiaque, Julius est décédé. I&S rend hommage à la mémoire de Julius et poursuit son implication dans la réalisation de ce projet, qui lui tenait tant à cœur.

Contexte et problématique :

La prison de Langata (LWP) est la seule prison pour femmes à Nairobi.

LWP comprend un centre de détention provisoire pour les peines de courte durée et les personnes en attente de jugement ou de condamnation, une section de sécurité moyenne pour des peines plus longues, et un bâtiment de haute sécurité pour les condamnées de longue durée dont certaines ont reçu la peine maximale (condamnation à mort commuée en emprisonnement à perpétuité).

Une école maternelle reçoit les enfants du personnel, des détenues, et d’enfants de l’extérieur issus du bidonville de Kibera.

Ce grand complexe carcéral héberge plus de 750 prisonnières et 400 membres du personnel.

26 enfants de moins de 4 ans y vivent actuellement avec leur mère, un chiffre qui monte tout de même parfois jusqu’à 60. Ils accompagnent leur mère à l’issue du jugement ou sont nés en prison si la mère était enceinte avant son incarcération.

Les autorités pénitentiaires accueillent les enfants âgés de 0 à 4 ans.

De 0 à 1 an, les enfants restent avec auprès de leurs mères. De 1 à 3 ans, les enfants vont à la garderie de la prison et de 3 à 4 ans, ils vont à l’école qui se trouve dans l’enceinte de la prison

Au-delà de 4 ans, les enfants sont placés chez un membre de la cellule familiale proche. Si personne ne peut l’accueillir, l’enfant est envoyé dans un foyer gouvernemental.

Dans la prison pour femmes de Langata, les enfants de 0 à 4 ans vivent dans les mêmes conditions que les détenues, mangent la même nourriture et ne quittent jamais l’enceinte de la prison. Ces enfants ont besoin de soins psychosociaux et de soins de santé spécifiques qui ne sont pas entièrement assurés. Cela implique également un suivi médical prénatal et post-natal des détenues enceintes pour s’assurer que les nouveau-nés soient en bonne santé.

Ce projet est en conformité avec la Constitution du Kenya de 2010 et son article 53 (2): «L’intérêt supérieur d’un enfant est d’une importance primordiale pour toutes les questions le concernant».

Seule la mère peut offrir ce qu’il y a de mieux à son enfant et ne peut en aucun cas en être séparé lors des premières années de sa vie.

Mais il est fondamental de se rappeler que les enfants ne sont ni délinquants ni détenus, mais ils sont ici parce qu’ils sont nés au mauvais endroit au mauvais moment.

Pour les enfants de tous âges, leur bien-être est lié à la qualité de la relation qu’ils partagent avec leurs parents. Il est important pour ces enfants âgés de 0 à 4 de maintenir un lien maternel, nombre d’entre eux ne connaissant pas leur père, et de les aider à s’ouvrir sur le monde extérieur. Le danger de maintenir et de consolider ces relations est que cela peut conduire à l’isolement social et entraver leur développement cognitif.

Il y a un équilibre fragile entre la mère et l’enfant, ils doivent passer suffisamment de temps séparément et suffisamment de temps ensemble. Les nourrissons sont laissés avec leur mère jusqu’à l’âge de 1 an et dorment sur un matelas avec elle et sont donc séparés des autres détenues.

De 1 ans à 4 ans ils sont séparés de leur mère pendant la journée et sont pris en charge par une unité de soins de jour.

L’accueil de l’enfant dans une structure collective est nécessaire à leur épanouissement. Les activités organisées pour les détenues et la garderie inaugurée janvier 2013 pour les enfants permettent d’établir cet équilibre.

Pour les enfants qui n’ont jamais vécu en prison mais qui sont en visite, la découverte de l’environnement pénitentiaire peut également être choquante et avoir un effet sur leur développement, la construction de leur identité et leur bien-être, même si Langata peut être considéré comme une prison modèle.

Le développement de l’enfant, par conséquent, suit une fine ligne bordée de deux extrêmes : la détérioration ou l’idéalisation de l’image du parent. Le risque pour tout enfant avec un parent en prison est l’idéalisation du parent emprisonné comme un «modèle». L’enfant, par des moyens conscients ou subconscients, peut suivre les pas du parent emprisonné.

D’autre part, la détérioration due au manque d’intimité avec la mère emprisonnée peut conduire à des traumatismes, à la rébellion, à l’humiliation, à la culpabilité, à un besoin de vengeance ou même à des ruptures psychologiques chez l’enfant.

Ce projet vise à soutenir la croissance et le développement de l’enfant tout au long de son expérience avec le milieu pénitentiaire ainsi qu’à ses besoins d’enfant en matière de santé, d’éducation et de sécurité psychique.

Parallèlement à ce projet, Interactions & Solidarity renforcera l’initiative de la prison de Langata concernant les activités génératrices de revenus et les compétences entrepreneuriales des détenus.

Actions préalables :

I&S a pu rencontrer Julius et le personnel de la direction de la prison et procéder à la visite des cellules, de la cantine, de la garderie, des ateliers d’activités en présence du personnel pénitentiaire, des détenus et des enfants. La directrice a remis à I&S une liste sur leurs besoins en médicaments et nous sommes depuis en contact direct avec elle afin de recenser leurs besoins et de disposer de tous les indicateurs nécessaires à la réalisation de ce projet. Le fils de Julius, désirer de poursuivre le travail de son père, nous apporte également son appui.